Ce que j’ai vu au-delà des magnifiques couchers de soleil sur les eaux argentées de l’Atlantique, ce que j’ai ressenti en marchant dans les rues « jazzées » de Montréal, ce que j’ai entendu à travers les murmures du vent qui glisse sur les éternels champsde blé, ce qui a fait vibrer mes sens comme le cuir d’un tam-tam ojibwé, ce qui m’est venu à l’esprit au sommet des hautes montagnes de l’Ouest… c’est que mon grand pays a mal à l’âme.

Ce sont des milliers de visages qui défilent dans ma tête, des milliers d’histoires de souffrance, de deuil, de suicide, qui habitent ma mémoire. À cause de cette tragédie de la mort de mon fils et à cause du choix que j’ai fait de m’exprimer et de me tourner vers les autres affligés, nous sommes devenus comme les membres d’une même famille. J’ai voulu franchir les barrières du langage, des préjugés politiques, franchir les barrières de ma propre misère afin de prendre la main de mon voisin... et je ne le regretterai jamais.

J’ai vu la mort en face à tous les jours de ce long pèlerinage. Je l’ai vue à tous les jours dans les yeux des parents et des jeunes gens qui souffrent le départ de leurs bien-aimés. J’ai vu la mort en face et devant elle tout s’effondre. Aucune consolation, aucune religion, aucune philosophie ne peut placer un baume sur la plaie qu’elle inflige. Il n’existe qu’une façon de faire face au visage froid de la mort et c’est de regarder le visage aimant de Dieu.

 

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